Les huiles essentielles sont-elles écologiques ?

Une question revient souvent :

Les huiles essentielles sont-elles écologiques ?


Cette question est pertinente et quand on les utilise, on doit se la poser.


D’autant plus qu’on voit de plus en plus d’articles soulignant le caractère non écologique des huiles essentielles, basé essentiellement sur 2 critères :

  • le rendement à l’hectare, critère plus ou moins associé à la consommation d’eau nécessaire.
  • l’aspect toxique des molécules des huiles essentielles lorsqu’elles se retrouvent dans l’environnement via les eaux usées.


Vu comme ça en effet, le bilan des huiles essentielles est mal engagé et on peut culpabiliser d’acheter quelques huiles essentielles pour se soigner ou préserver sa santé.


Avant d’aller plus loin il est important d’avoir conscience de ce qu’est le marché des huiles essentielles. Car les huiles essentielles dédiées à l’aromathérapie et aux usages personnels ne représentent que 2% du marché mondial des huiles essentielles, comme le souligne ce document. Sans surprise, 98% de la production mondiale d’huile essentielles sont absorbés par 3 industries de masse :

  • L’agro-alimentaire (eh oui, beaucoup d’huiles essentielles se retrouvent dans l’alimentation pour donner du goût ),
  • la parfumerie, qui est certainement l’industrie qui utilise le plus d’huiles essentielles de fleurs pour leurs fragrances et à qui on ne reproche pas spécialement le coût écologique.
  • les cosmétiques.


On pourrait donc s’arrêter là et dire que l’impact écologique des huiles essentielles destinées à l’aromathérapie et l’usage personnel est négligeable par rapport au reste. Si on souhaite limiter l’impact écologique lié aux huiles essentielles, il est plus efficace de bannir plusieurs produits issus des trois industries de masse que je viens de citer.


Mais ce serait dommage de s’arrêter là ! Car même si l’aromathérapie ne représente de 2% de la consommation mondiale d’huiles essentielles, elle ne dispense pas d’avoir un comportement responsable.


Et pour ça, la première des choses à faire avant d’utiliser les huiles essentielles est de s’informer, d’apprendre et de comprendre. Sortir de la logique « je vois une recette sur internet et je la reproduis sans chercher à comprendre ». Car il faut comprendre pour voir si un conseil est pertinent. La méconnaissance des huiles essentielles conduit souvent à des surdosages ou des mauvaises utilisations qui comme je l’indiquais dans ma première vidéo étaient responsables de plusieurs milliers d’appels aux centres antipoison. Les surdosages sont également fréquents dans les produits ménagers maison. On a tendance à penser qu’une goutte ce n’est pas assez, qu’il en manque, alors que les huiles essentielles sont vraiment des concentrés de principes actifs de plantes et que bien souvent moins d’une goutte est nécessaire pour avoir un effet.


Vient ensuite la question de l’usage. Les huiles essentielles achetées par des particuliers le sont principalement pour 4 raisons :

  • La santé
  • Les cosmétiques
  • Les produits ménagers
  • Les diffusions de parfums d’ambiance

De manière générale, quoi que nous fassions, pour vivre, nous vêtir, nous déplacer, nous nourrir, nous soigner, etc. nos actions auront toujours un coût écologique. Notre responsabilité consiste donc à avoir conscience de ces coûts pour les limiter autant que faire se peut. Utiliser les huiles essentielles de manière responsable, c’est le faire en étant en accord avec ce principe.


Et même si nos besoins en huiles essentielles ne consomment que 2% de la production mondiale nous pouvons limiter leur utilisation à l’essentiel, sachant que cet essentiel peut varier d’une personne à l’autre.


Puisque c’est la thématique de mon site et de ma chaîne, attardons-nous sur l’utilisation des huiles essentielles à des fins thérapeutiques, et voyons comment le faire de manière responsable. On peut identifier 6 points important, et si vous me suivez depuis le début de mon activité, vous verrez que les 6 points que je présente sont omniprésents dans mes vidéos.

  • La première des choses à faire, est bien évidemment de se former un minimum à leur utilisation et ne pas se contenter d’appliquer des recettes sans comprendre. C’est notamment le but de ce site et de ma chaine de transmettre la passion et le savoir des plantes médicinales.
  • Deuxième point, n’acheter que des huiles issues de productions responsables et bio. Car le label bio n’est pas toujours un critère suffisant. On peut cultiver de manière bio en consommant des ressources rares en eau, ou monopoliser des terres qui auraient pu servir à des cultures nourricières.
  • Le troisième point est de ne pas se lancer dans une collection d’huiles essentielles mais viser plutôt une trousse minimaliste composée de 10 à 20 huiles polyvalentes grand maximum, avec lesquelles on pourra répondre à la majorité des situations. C’est la démarche que je privilégie depuis le début. A ce sujet, je vous renvoie vers ma vidéo sur comment construire sa trousse d’aromathérapie.
  • Quatrième point, on peut se passer des huiles très chères. Celles qui ont le plus gros impact écologique. Par exemple, la rose de Damas qui est souvent citée pour son faible rendement à l’hectare n’a rien qui la rend unique et indispensable. A part son odeur, il est facile d’avoir les mêmes propriétés avec des huiles ayant des rendements à l’hectare plus efficaces et donc un impact écologique plus faible.
  • Cinquième point important, pensez à la dilution qui permet d’utiliser moins d’huile essentielle. Comme je le disais, il faut parfois moins d’une goutte pour avoir des effets.
  • Et enfin sixième et dernier point, les utiliser à bon escient, c’est-à-dire utiliser les bonnes huiles pour le bon cas.

Concernant les besoins en eau souvent évoqués pour souligner le caractère non écologique des huiles essentielles il faut savoir relativiser. Les articles choisissent souvent pour illustrer ce point, la rose de Damas, qui est certainement le pire cas. Or comme on le vois dans le graphique ci-dessous, la rose de Damas, n’apparait même pas dans les 20 huiles les plus vendue. on ne peut donc pas se baser sur son cas pour généraliser aux autres huiles essentielles.

Le graphique montre également que l’huile essentielle la plus vendue en aromathérapie est le tea-tree. Arbre cultivé en Australie qui ne nécessite un arrosage assisté qu’au début de sa vie et un appoint pendant les périodes sèches. Le reste du temps, il ne nécessite pas d’arrosage particulier comme l’indique ce site.

Vient ensuite la lavande qui est une plante rustique qui ne nécessite pas d’arrosage important. Et si on considère l’huile essentielle de lavande vraie qui est issue de la cueillette de lavande naturellement présente en altitude, il n’y a pas d’arrosage autre que la pluie.

Après il serait mensonger de dire que la culture de plantes ne consomme pas d’eau, mais pour évaluer l’impact sur la consommation d’eau, il est nécessaire de regarder la plante cultivée, ses besoins en eau, si sa région est en stress hydrique et si l’arrosage entre en conflit avec les besoins vitaux des populations locales. Il est regrettable que la majorité des articles soulignant la consommation d’eau induite par les huiles essentielles ne prennent en référence que la rose de Damas qui est le pire cas. D’autant plus que c’est une huile très minoritaire dans les ventes annuelles compte tenue de son prix. Et comme je le disais, elle n’est pas indispensable à l’aromathérapie.

Petite précision par rapport au graphique, il s’agit bien des huiles vendues en pharmacie, car dans le marché mondial des huiles essentielles, les premières huiles vendues sont celles des oranges, menthes et citrons destinées à l’industrie agroalimentaire et qui représentent à elles seules 90% du marché. De plus les huiles essentielles d’orange et citron sont obtenues à partir des résidus (peaux) des oranges et citrons utilisés en agroalimentaire.

Donc en résumé, les usages personnels des huiles essentielles ne comptent que pour 2% dans la production mondiale, et les 2 huiles les plus vendues ne sont pas les plus grosses consommatrices en eau. Ramené à l’usage thérapeutique des huiles essentielles on voit bien qu’il n’y a aucune raison d’en stigmatiser l’usage.


Par contre, concernant la partie pollution provoquée par les huiles essentielles, elle résulte principalement de l’utilisation des huiles essentielles dans les produits d’entretiens et des lessives en particulier et je n’encourage pas spécialement cette utilisation. Je suis sur ce point totalement en phase avec les articles qui dénoncent leur utilisation dans les produits d’entretien.


Il n’y a donc aucune raison de stigmatiser l’utilisation thérapeutique des huiles essentielles lorsqu’elles sont bien utilisées. Elles ont un coût écologique comme chaque chose que nous faisons, comme cultiver du café, du tabac, du coton ou autres. Et il nous appartient de le minimiser par une utilisation responsable.

Sources : https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/56130/document/2.2%20-%20Etude%20FAM%20March%C3%A9%20des%20HE.pdf

https://www.jardinsdefrance.org/wp-content/uploads/2018/01/JdF636_1A.pdf

https://www.gardeningknowhow.com/ornamental/trees/tea-trees/australian-tea-tree-info.htm#:~:text=Once%20the%20tree%20is%20established,fertilizer%20can%20damage%20the%20tree.

Publié par PhytoGenfi

Formé à l'école des plantes de Paris, j'ai à coeur de transmettre la passion et le savoir des plantes médicinales. C'est l'objet de mon site

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