Les huiles respiratoires

Le succès grandissant de l’aromathérapie fait qu’on cherche souvent des informations utiles et concises. C’est dans cet esprit qu’on voit régulièrement circuler des listes classant les huiles essentielles en fonction de leur utilité. La liste des huiles respiratoires, la liste des huiles circulatoires, des huiles relaxantes, etc. Ces listes sont intéressantes en première approche mais elles nous laissent en général sur notre faim. On ne sait pas si la liste est exhaustive et peut-être qu’une des huiles qu’on possède est respiratoire mais la liste ne la mentionne pas. Peut-être même que la liste contient une erreur. Bref, si en première intention ces listes ont leur raison d’être, comprendre ce qui permet de qualifier une huile comme respiratoire, circulatoire ou relaxante est plus intéressant car ça nous rend autonome dans le choix des huiles et, souvent, nous permet de faire avec ce qu’on a. Je vais donc détailler dans cet article ce qui permet de considérer une huile comme respiratoire.

Le système respiratoire

Pour comprendre pourquoi une huile est respiratoire, il est nécessaire de comprendre dans les grandes lignes ce qu’est le système respiratoire. L’idée ici n’est pas de se lancer dans un cours d’anatomie détaillé mais juste de comprendre quelques spécificités du système respiratoire.

Le système respiratoire permet d’amener de l’air contenant de l’oxygène jusqu’aux alvéoles pulmonaires afin d’oxygéner le sang et d’expulser le gaz carbonique contenu dans le sang. Ça a bien sûr d’autres fonctions, comme réchauffer l’air entrant et l’humidifier mais globalement on va garder ce fonctionnement à l’esprit. Le système respiratoire est donc une zone d’interface entre l’extérieur et l’intérieur du corps. On distingue en général les voies respiratoires hautes composées du nez, des fosses nasales, du pharynx et du larynx, et les voies respiratoires basses composées par le système bronchique, la trachée, et les petites bronches. Comme toute zone d’interface elle est confrontée à diverses agressions extérieures, que ce soient des organismes pathogènes ou simplement des poussières. À un moment donné, il faut donc faire un peu de ménage et sortir du système respiratoire tout ce qui n’aurait pas dû y entrer.

Pour se protéger, le système respiratoire dispose de plusieurs stratégies. la première est celle d’installer un filtre à l’entrée, c’est le rôle des poils dans les narines. Si ce filtre n’est pas suffisant, un deuxième mécanisme de protection prend le relais. Les muqueuses des voies respiratoires sécrètent en permanence du mucus dont la fonction première est de piéger ce qui aurait franchi le premier filtre dès l’instant que la taille est supérieure à 2 microns. Pour donner un ordre d’idée, un micron c’est mille fois plus petit qu’un millimètre. Bien évidemment, piéger ne suffit pas, il faut aussi montrer le chemin de la sortie à tout ce joli monde ! Et c’est là que rentrent en action les cils vibratiles qui tapissent la muqueuse respiratoire au niveau de la trachée et des bronches. Ils vont faire remonter le mucus avec tout ce qui est piégé dedans, pour, au choix, les recracher ou les avaler. On l’appelle cela l’escalateur mucociliaire. Pour éviter que les cils s’engluent dans le mucus, la sécrétion de mucus s’accompagne de la sécrétion d’une solution saline. Le mucus est déjà capable de s’occuper des organismes potentiellement pathogènes, et l’acidité de l’estomac finira de les détruire.

Schéma montrant les cils vibratiles et la production de mucus

On voit donc l’importance de maintenir à un niveau optimal la production de mucus et l’activité des cils vibratiles.

De quelles propriétés a-t-on besoin ?

On peut déduire de ces mécanismes de protection deux propriétés qu’une huile doit avoir pour être classée dans les huiles respiratoires : celle de favoriser la production de mucus, on appelle cette propriété mucolytique, et celle de soutenir le travail des cils, on l’appelle expectorante.

On peut bien sûr parcourir un livre d’aromathérapie et chercher les huiles qui auraient ces 2 propriétés. Mais il est plus intéressant de chercher la ou les familles chimiques responsables de ces propriétés et de chercher ensuite les huiles qui les contiennent. En faisant ce petit travail de recherche, on trouve que la famille chimique des oxydes, la famille du 1,8 cinéole appelé aussi eucalyptol, possède ces deux propriétés. Et qu’une huile contenant un quantité suffisante d’oxydes serait une bonne candidate pour être qualifiée de respiratoire.

Certaines molécules de la famille des monoterpènes, comme les pinènes, sont également expectorantes sans être forcement mucolytiques. La famille chimique des cétones, quant à elle, est plutôt mucolytique mais pas vraiment expectorante.

Pour rester simple, on peut garder en première intention qu’une huile contenant des oxydes et/ou des monoterpènes aura forcement des propriétés respiratoires.

Piéger et expulser ne suffit pas !

Lorsque des organismes pathogènes comme des virus ou des bactéries s’installent dans le système respiratoire, l’action combinée du mucus et des cils vibratiles peut ne pas être suffisante. Ce qui se traduit pas des infections et des inflammations dans l’arbre respiratoire et plus particulièrement des muqueuses.

Il est donc important de ne pas se contenter des deux propriétés précédemment citées. Il est impératif lorsqu’on traite les voies respiratoires d’associer aux propriétés mucolytiques et expectorantes des propriétés anti-infectieuses et anti-inflammatoires. Et c’est là qu’interviennent des familles chimiques comme les monoterpénols qui sont des anti-infectieux à large spectre et d’un emploi relativement facile.

Les phénols sont aussi des anti-infectieux puissants mais leur emploi délicat engendre pas mal de contre-indications et précautions d’emploi.

Pour le côté anti-inflammatoire, il faudra plutôt chercher vers des familles comme les sesquiterpènes, les aldéhydes terpéniques ou les esters.

Avant d’aller plus loin on peut donc résumer ce qui vient d’être dit de la façon suivante :

Une huile essentielle ou une synergie d’huile essentielles peut être considérée comme respiratoire si elle présente les caractéristiques suivantes :

  • mucolytique
  • expectorante
  • anti-infectieuse
  • anti-inflammatoire

Si on raisonne plutôt en famille chimique, on pourrait dire qu’une huile essentielle ou une synergie d’huiles essentielles peut être considérée comme respiratoire si elle contient dans les proportions adéquates :

  • des oxydes
  • des monoterpénols
  • des monoterpènes

Les huiles essentielles candidates

C’est pour ces raisons que des huiles comme le laurier noble, l’huile de myrte vert, les eucalyptus globulus ou radiata ou l’association du tea-tree et du ravintsara peuvent être considérées comme respiratoires. Les huiles essentielles d’épinette noire ou de pin sylvestre peuvent également rejoindre ce classement de par leur richesse en monoterpènes.

Bien sûr on pourrait complexifier un peu la chose puisque les huiles essentielles peuvent avoir d’autres propriétés intéressantes pour le système respiratoire comme celles d’être :

  • anti-tussive
  • décongestionnante des voies respiratoires
  • anti-catarrhale (combat l’inflammation des muqueuses)
  • béchiques (calme la toux et les irritations du pharynx)
  • fluidifiante bronchique
  • etc.

Mais en première intention on peut vraiment retenir que le trio oxydes, monoterpénols et monoterpènes est une bonne base pour qualifier une huile ou une synergie d’huiles de respiratoire. Cette combinaison de familles chimiques permet de répondre à la majorité des cas touchant les voies respiratoires comme les infections hivernales par exemple qui sont responsables de la majorité des demandes d’huiles essentielles auprès des pharmacies.

Par l’examen des composants principaux d’une huile essentielles il vous sera maintenant facile de voir si une huile peut être qualifiée de respiratoire. Ou à l’inverse, de vérifier si une huile dite respiratoire l’est vraiment. Car la limitation des listes est qu’elles ne précisent pas vraiment quelle action cible l’huile essentielle sur le système respiratoire. Traiter une infection, une allergie, de l’asthme etc. ne se fera pas à partir des mêmes huiles et pourtant on pourrait toutes les classer comme respiratoires.

Publié par PhytoGenfi

Formé à l'école des plantes de Paris, j'ai à coeur de transmettre la passion et le savoir des plantes médicinales. C'est l'objet de mon site

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