Plantes médicinales et savoirs traditionnels en Algérie


Quand les plantes locales soignent le souffle :

Parmi les usages traditionnels des plantes médicinales, ceux qui touchent à la sphère respiratoire occupent une place de choix. Toux, rhumes, asthme, angines… Ce sont souvent les premières indications vers lesquelles on se tourne, parfois sans même s’en rendre compte : une infusion de thym, quelques feuilles de menthe, une inhalation d’eucalyptus. Mais que se passe-t-il lorsque ces pratiques ne relèvent pas d’un remède ponctuel, mais d’un savoir structuré, transmis de génération en génération ?

C’est ce que documente une étude ethnobotanique récente, menée entre 2023 et 2024 dans la région de Saïda, au sud-ouest de l’Algérie. Les auteurs y ont recueilli les savoirs de plus de 300 personnes, entre guérisseurs traditionnels, herboristes et habitants familiers des plantes de leur région. Au total, 34 espèces médicinales ont été identifiées pour traiter les affections respiratoires, certaines très communes, d’autres moins attendues.


Une médecine populaire encore bien vivante

En Afrique, plus de 80 % de la population rurale dépend encore des plantes médicinales pour se soigner. Non pas par nostalgie, mais par nécessité. Les traitements conventionnels sont souvent coûteux, inaccessibles, ou simplement absents. Dans ce contexte, la phytothérapie n’est pas une alternative : c’est la norme.

En Algérie, le patrimoine végétal est riche : près de 1 000 espèces médicinales ont été recensées sur les 3 139 spermaphytes du pays. Mais malgré cette diversité, peu d’études détaillées documentent les usages réels, ancrés dans le quotidien. C’est ce qui rend ce travail précieux : il nous donne un aperçu à la fois rigoureux et vivant d’une pharmacopée locale appliquée à un domaine très concret – celui des affections respiratoires.


Que soigne-t-on avec les plantes, et comment ?

Parmi les pathologies évoquées par les participant·es, neuf reviennent régulièrement : rhume, angine, toux, troubles respiratoires non spécifiés, congestion nasale, allergies, asthme, pneumonie et bronchite. Les plantes sont souvent utilisées seules, mais aussi en synergie, notamment pour les formes chroniques ou virales (Covid-19 inclus).

Les formes galéniques sont classiques mais efficaces : infusions, décoctions, macérations, parfois complétées par des inhalations ou des applications locales. L’administration se fait principalement par voie orale, une à trois fois par jour. Rien de très spectaculaire, mais une logique d’usage pragmatique, ajustée aux symptômes et aux ressources disponibles.


Les espèces les plus utilisées

Sur les 34 espèces identifiées, certaines ressortent nettement du lot par leur fréquence de citation. Sans surprise, on retrouve plusieurs incontournables de la phytothérapie respiratoire :

  • Thymus capitatus (zaatar), cité par près d’un quart des répondants
  • Eucalyptus globulus, utilisé pour ses propriétés balsamiques
  • Zingiber officinalis (gingembre), souvent intégré aux mélanges
  • Syzygium aromaticum (clou de girofle)
  • Mentha spicata (menthe verte)

Ces plantes ne sont pas seulement populaires : elles sont considérées comme les plus efficaces, notamment dans les cas de toux chronique, de congestion ou d’asthme.

À côté de ces stars, on trouve des espèces moins fréquemment citées, mais tout aussi intéressantes : Ajuga iva, Lavandula dentata, Artemisia herba-alba, ou encore des plantes alimentaires comme Coriandrum sativum (coriandre) ou Citrus limon (citron).


Feuilles, racines, graines : quelles parties sont utilisées ?

Sans surprise, ce sont les feuilles qui sont les plus sollicitées (37,2 %), à la fois pour leur richesse en composés actifs et leur facilité de récolte. Viennent ensuite la plante entière, les graines, les fruits, les fleurs, et plus rarement les racines.

Ce choix des feuilles est cohérent avec la logique biochimique : c’est là que se concentrent les huiles essentielles, les flavonoïdes, et autres principes actifs impliqués dans l’action antitussive, expectorante ou anti-inflammatoire.


Des mélanges empiriques mais cohérents

L’un des aspects intéressants de l’étude est la reconnaissance implicite d’une forme de pharmacologie populaire, où plusieurs plantes sont combinées pour créer des effets synergiques. Pour le traitement du Covid-19 ou des toux persistantes, on retrouve par exemple des associations de 2 à 3 plantes riches en huiles essentielles, en mucilages ou en composés anti-inflammatoires. On est loin de l’usage “au hasard” : chaque plante est choisie pour une fonction précise dans la synergie.


L’enjeu de la transmission… et de la conservation

Plus une plante est utilisée, plus elle est menacée. Les auteurs de l’étude alertent sur la pression exercée sur certaines espèces, comme le thym, l’eucalyptus ou le gingembre, qui pourraient voir leur population décliner en raison d’une surexploitation non régulée. La sauvegarde des savoirs passe donc aussi par la protection des milieux naturels.


Ce que l’étude nous dit, au fond

Ce travail de terrain rappelle que les savoirs ethnobotaniques sont toujours vivants, structurés, adaptables. Ils ne relèvent pas d’une “médecine du passé”, mais d’une autre manière de faire médecine, centrée sur l’expérience, la répétition, l’ajustement aux ressources locales.

Loin d’opposer tradition et modernité, ce type d’étude ouvre la voie à une recherche intégrative, où les connaissances populaires peuvent dialoguer avec les outils de la science pour mieux comprendre, mieux soigner, et mieux préserver.


Référence de l’étude :
Mohamed Bourouaha, Okkacha Hasnaoui, Noureddine Halla. “Ethnobotany and taxonomy of medicinal plants used for the treatment of pathologies of the respiratory system: case of the Saida region – Western Algeria.” Brazilian Journal of Animal and Environmental Research, vol. 8, n°1, 2025, p. 1–17.
DOI : 10.34188/bjaerv8n1-014


Santé intégrative : réparer une médecine devenue incomplète

Qu’est-ce que la santé intégrative ?

Le terme « santé intégrative » est aujourd’hui de plus en plus présent dans les discours médicaux, paramédicaux et sociétaux. Pourtant, sa définition reste souvent floue ou réduite à une juxtaposition de pratiques. Selon la définition donnée par le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH), la santé intégrative est :

« Une approche des soins qui place le patient au centre et prend en compte l’ensemble des facteurs physiques, émotionnels, mentaux, sociaux, spirituels et environnementaux qui influencent la santé. »

Elle combine médecine conventionnelle et pratiques complémentaires fondées sur des preuves, dans un cadre de dialogue interdisciplinaire. Son ambition est de dépasser le modèle biomédical réducteur en proposant une approche globale, personnalisée, préventive et participative.

Cette approche est souvent présentée comme une « avancée » moderne, sans reconnaissance de ce qu’elle vient réparer : la perte progressive d’une vision plus englobante du soin dans la médecine occidentale.

Une grille plus ancienne : la médecine tibétaine et ses trois dimensions

La médecine tibétaine offre un modèle tripartite qui peut servir de grille de lecture à cette démarche dite « intégrative ». Elle distingue trois formes de médecine qui coexistent et se complètent :

  • La médecine somatique : elle s’occupe du corps physique par des moyens pharmacologiques, diététiques et manuels. Elle correspond au champ de la médecine scientifique moderne.
  • La médecine tantrique : elle agit sur les énergies subtiles, les canaux internes, les émotions, les visualisations. Elle mobilise la force symbolique, sensorielle et émotionnelle du soin.
  • La médecine dharmique : elle touche à la dimension spirituelle du patient, sa relation à la souffrance, au sens, à l’éveil. Elle vise une transformation profonde de la conscience.

Ce modèle ne hiérarchise pas ces formes de soin. Au contraire, il reconnaît que toute pathologie peut mobiliser un ou plusieurs de ces plans, et que le soin authentique est adapté à la situation, au degré d’évolution du patient, et à ses ressources.

La santé intégrative : un retour à une médecine plurielle

Plutôt que de la voir comme une innovation, on peut donc comprendre la santé intégrative comme une tentative moderne de réintégrer ce que la médecine occidentale a progressivement laissé de côté :

  • Les dimensions émotionnelles et symboliques du soin (tantrique)
  • La dimension spirituelle et existentielle de la maladie (dharmique)

Ces dimensions reviennent aujourd’hui sous des formes diverses : méditation de pleine conscience, accompagnement psycho-émotionnel, yoga thérapeutique, soins énergétiques, etc.

Loin de constituer une rupture avec la tradition, cette démarche intégrative peut être comprise comme un retour à une médecine plurielle, adaptée à la complexité humaine.

L’herboristerie comme composante naturelle de la santé intégrative

Dans ce paysage en recomposition, la pratique de l’herboristerie retrouve naturellement sa place. Elle repose sur un savoir empirique ancré dans l’observation du vivant, la connaissance des plantes et la compréhension des équilibres physiologiques et environnementaux. Cette approche systémique en fait un partenaire précieux dans les dispositifs de soin intégratif.

Loin de se réduire à la prescription de remèdes, l’herboristerie engage une relation sensible à la nature, aux cycles, aux temporalisations du corps et de la maladie. Elle invite à prendre soin autrement, en mobilisant des ressources simples mais puissantes : tisanes, extraits, bains, huiles essentielles, cataplasmes…

Les praticien·nes en herboristerie contribuent ainsi à enrichir les parcours de soin intégratifs par leur approche singulière : écoute fine des ressentis, accompagnement des changements de saison, prise en compte des déséquilibres fonctionnels, attention portée aux rythmes naturels du corps, et usage raisonné des plantes médicinales en soutien aux processus d’autorégulation, qu’il s’agisse de maintenir un équilibre de santé ou de favoriser un retour à celui-ci.

La dette silencieuse de la science à la phytothérapie

La semaine dernière j’étais à Londres pour quelques jours. Parmi les endroits que je voulais revisiter, il y avait l’Observatoire royal de Greenwich.

À ce moment là, je n’imaginais pas une seul seconde que la phytothérapie s’inviterait dans cette visite !

Et pourtant !

En visitant la maison des astronomes royaux je suis tombé sur la trousse médicinale de Nevil Maskelyne, Astronome Royal au XVIIIe siècle, accompagnée du livre The Domestic Medical Guide de Richard Reece. Une trousse et un livre qui témoignent d’une pratique alors courante : celle de soigner soi-même les petits maux du quotidien avec les plantes à portée de main.

Ces remèdes, hérités de la médecine domestique et de l’herboristerie populaire, faisaient partie de l’environnement intellectuel des savants, tout comme les livres, les instruments ou les cartes célestes.

Et cette image m’a frappé : un des cerveaux les plus brillants de son temps, cartographiant le ciel et révolutionnant notre manière de mesurer le temps, soignait sa famille (et sans doute lui-même) à l’aide de simples.

De là me vient une pensée plus générale :

Et si la phytothérapie avait permis à la science moderne d’éclore ?

Les plantes, soutien silencieux de la pensée scientifique

Avant l’émergence de la médecine moderne, les plantes étaient les principales alliées de celles et ceux qui pensaient, exploraient, inventaient.

Pas d’accès aux soins d’urgence. Pas d’antibiotiques. Pas de tranquillisants chimiques ni d’anti-inflammatoires synthétiques. Pourtant, ces savants travaillaient sans relâche, souvent dans des conditions extrêmes. Comment ? Grâce à des remèdes naturels qui soulageaient, soutenaient, réparaient :

  • Camomille et mélisse pour le sommeil et l’apaisement.
  • Saule blanc pour la douleur.
  • Valériane pour les nerfs fragiles.
  • Quassia, gentiane, absinthe pour les digestions lentes.

Ces remèdes étaient connus, transmis, utilisés non comme folklore, mais comme hygiène de vie intellectuelle.

Des savants tenus debout par les plantes

À la recherche de preuves, on trouve plusieurs figures illustres dont les parcours scientifiques ont été conditionnés par le soutien (parfois vital) des plantes médicinales :

  • Charles Darwin était rongé par des troubles digestifs, migraines et nausées. Il recourait régulièrement à la valériane, la camomille et la mélisse. Sans ces plantes, aurait-il tenu jusqu’à la rédaction de L’Origine des Espèces ?
  • Alexander von Humboldt, atteint de paludisme, fut sauvé par le quinquina. Sans cette écorce andine, il n’aurait sans doute jamais pu terminer ses expéditions qui ont révolutionné notre compréhension du vivant.
  • Michael Faraday, sujet à des épuisements mentaux, recourait à des bains, repos et tisanes, selon les pratiques hygiénistes de l’époque.
  • Isaac Newton, souvent malade et reclus, vécut dans une Angleterre où les traitements à base de plantes étaient systématiques. On sait qu’il souffrait de troubles digestifs et nerveux : il est hautement probable que les simples aient soutenu son équilibre précaire.

Sans ces soutiens discrets, ces esprits auraient peut-être cédé avant l’émergence de leurs théories.

Les universités elles-mêmes cultivaient la phytothérapie

Ce n’est pas qu’une affaire individuelle : les institutions savantes elles-mêmes reconnaissaient l’importance des plantes médicinales.

  • À Oxford, le Jardin botanique fondé en 1621 était un « Physic Garden » : un jardin de plantes médicinales, conçu pour l’enseignement et la préparation des remèdes.
  • À Cambridge, le Walkerian Garden (1763) servait aux étudiants en médecine pour reconnaître, cultiver et utiliser les plantes.
  • Ces jardins n’étaient pas esthétiques mais fonctionnels, épicentres de la transmission des savoirs phytothérapeutiques.

Ils rappellent que la phytothérapie était un socle de la formation scientifique, pas un savoir marginal.

Une dette silencieuse

On attribue rarement le mérite aux plantes. Elles n’ont pas de noms gravés sur les statues ou les thèses. Pourtant, elles furent le terreau invisible d’une immense part du savoir scientifique moderne.

Non pas parce qu’elles furent objets d’étude, mais parce qu’elles furent des conditions de pensabilité : sans sommeil, pas de mémoire ; sans digestion, pas d’analyse ; sans équilibre, pas de pensée claire.

Il ne s’agit pas de dire que les plantes ont produit la science moderne, mais qu’elles l’ont rendue possible.

Il est temps de reconnaître cette dette silencieuse. Non pour l’idéaliser, mais pour ne pas oublier que la rigueur scientifique pousse mieux sur un sol vivant, humble, enraciné.

Aujourd’hui, la phytothérapie est souvent rabaissée, caricaturée, voire attaquée comme si elle était systématiquement contraire à la science. Mais c’est oublier que pendant des siècles, elle en a été l’alliée.

Ce n’est pas la plante qui est incompatible avec la science, c’est le refus de l’esprit critique, le dogmatisme ou la marchandisation qui peuvent l’être.

Rappeler cette histoire, c’est rappeler que la véritable science ne nie pas ses racines : elle les connaît, les interroge, les fait évoluer. Mais elle ne les renie pas.

La primevère, le retour à la lumière

C’est le printemps, alors on parle de la primevère. Mais comme toujours, je vais essayer de vous dire des choses un peu différentes de ce qu’on entend habituellement.

La primevère, c’est pas juste une petite fleur jaune mignonne. C’est une plante qui porte en elle quelque chose de profond : le retour de la lumière. Elle arrive pile au moment de l’équinoxe de printemps, ce moment où le jour commence enfin à gagner sur la nuit. Comme une sorte de messagère, une éclaireuse du renouveau.


Une fleur qui sort de l’ombre

Quand on regarde bien la primevère, on voit une fleur qui semble sortir d’un tunnel. Son calice soudé forme une sorte de gaine, et la fleur jaillit au bout, toute lumineuse. Un peu comme nous qui sortons doucement de l’hiver.

Son nom latin Primula veris, signifie littéralement « la première du printemps ». Une dénomination qui ne laisse aucun doute sur son rôle symbolique.


Une stratégie de fleur très maligne

Ce qu’on ne sait pas toujours, c’est que la primevère a mis en place une stratégie bien à elle pour éviter de s’autoféconder. On appelle ça l’hétérostylie.

En gros, elle fabrique deux types de fleurs :

  • Les longistylées : le style (organe féminin) est long et le stigmate bien visible en haut, les étamines (organes mâles) sont planquées dans le tube.
  • Les brévistylées : c’est l’inverse, les étamines sont en haut, le stigmate est en bas.

Et les insectes font le reste ! Selon le type de fleur visité, ils transportent le pollen sur le haut ou le bas de leur corps, assurant une pollinisation croisée.

Darwin avait étudié ce système et montré que les graines sont mieux formées quand le pollen vient d’une fleur de morphologie opposée. Astucieuse la nature, non ?


Une plante médicinale complète (et douce)

La primevère est aussi une plante médicinale, et pas des moindres.

Elle dégage les bronches

Sa racine contient des saponines triterpéniques qui ont un petit effet irritant sur la muqueuse gastrique. Dit comme ça, ça ne fait pas envie, mais en réalité, ça déclenche un réflexe qui stimule les glandes des voies respiratoires. Résultat : le mucus devient plus fluide, plus facile à expulser. Bref, elle aide à tousser mieux.

Elle calme les inflammations

Grâce à ses flavonoïdes, elle possède une légère action anti-inflammatoire, surtout au niveau des bronches.

Elle apaise l’esprit

Traditionnellement, on l’utilisait aussi pour les états de nervosité, de légère anxiété ou pour faciliter le sommeil. C’est pas un gros sédatif, mais elle accompagne en douceur.

Et peut-être même qu’elle aide le cœur !

Des études récentes montrent qu’elle pourrait améliorer la contractilité du muscle cardiaque. En gros, le cœur se contracte plus efficacement, éjecte plus de sang, ce qui peut être utile en cas d’insuffisance cardiaque légère. Mais prudence : en cas d’hypertension mal contrôlée, demandez l’avis d’un médecin avant de l’utiliser.


Comment l’utiliser ?

  • Les fleurs : en infusion. Douces, parfaites pour calmer les toux ou accompagner le sommeil.
  • Les racines : en décoction. Plus costaud, pour aider à dégager les bronches.
  • Teinture mère : pratique pour une cure courte, quelques gouttes diluées dans un peu d’eau.

En cas d’allergie aux primulacées ou pendant la grossesse : on s’abstient.


Une lumière discrète, mais précieuse

La primevère, c’est une plante qui ne fait pas de bruit. Elle sort doucement de terre, sans fanfare, mais elle incarne quelque chose de fort : l’espoir, la lumière, la transition. Une éclaireuse qui nous rappelle que le printemps revient toujours.


L’achillée millefeuille a-t-elle un effet progestatif ?

C’est une plante médicinale largement utilisée en phytothérapie, notamment pour ses effets sur la santé féminine. Elle est souvent recommandée pour soulager les douleurs menstruelles, réguler le cycle et atténuer certains troubles liés à la ménopause.

La question qu’on est en droit de se poser est de savoir si l’effet progestatif qu’on lui attribue est vraiment fondé ou s’il s’agit d’une extrapolation de données de la sciences ou de son usage traditionnel.

C’est l’occasion de revenir sur ses propriétés gynécologiques réelles, ses indications avérées et ses limites, afin d’avoir une vision plus claire de son rôle dans la santé féminine.

L’achillée millefeuille et le cycle menstruel : un soutien utérin avant tout

L’achillée est avant tout une plante antispasmodique et anti-inflammatoire. Ses effets sur le cycle menstruel s’expliquent principalement par sa capacité à relâcher les muscles utérins, réduisant de fait les douleurs menstruelles et les contractions excessives. Ce mode d’action est souvent confondu avec un effet progestatif, car la progestérone elle-même a un rôle relaxant sur l’utérus en phase lutéale. Mais, aucune preuve scientifique ne montre que l’achillée stimule directement la production de progestérone.

L’achillée est particulièrement indiquée dans les cas de :

  • Dysménorrhée (douleurs menstruelles) : Elle réduit les crampes grâce à son action sur le myomètre.
  • Ménorragie (règles abondantes) : Ses tanins ont un effet légèrement astringent qui peut modérer les saignements.
  • Règles irrégulières : Bien qu’elle ne régule pas directement les hormones, elle favorise un cycle plus confortable et moins symptomatique.

Que penser des études sur les rongeurs ?

Certaines études menées sur les rongeurs suggèrent une diminution des niveaux de FSH et LH après consommation d’achillée millefeuille, ce qui a conduit à l’hypothèse d’un effet progestatif. Mais, extrapoler ces résultats à l’humain est risqué pour plusieurs raisons :

  • Différences dans les cycles hormonaux : Les rongeurs ont des cycles œstraux courts (4 à 5 jours) contre environ 28 jours chez l’humain. Leur régulation hormonale est donc beaucoup plus rapide et peut être influencée différemment par les substances phytochimiques.
  • Mécanismes de régulation endocrinienne distincts : L’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique des rongeurs présente des particularités qui rendent difficile une transposition directe aux humains.
  • Dosages et métabolisation : Les quantités d’extraits administrées aux rongeurs dans ces études sont souvent bien supérieures aux doses consommées par l’humain sous forme d’infusion ou de complément alimentaire.

Les résultats obtenus chez les rongeurs doivent donc être interprétés avec précaution et ne permettent pas de conclure à un effet hormonal équivalent chez l’humain.

Un effet progestatif à prendre avec prudence

Certains ouvrages attribuent à l’achillée un effet progestatif supposé, en raison de sa concentration en apigénine, un flavonoïde qui peut interagir avec les récepteurs hormonaux.

Mais on peut noter que :

  • L’apigénine a une affinité modérée pour les récepteurs de la progestérone sans en reproduire pleinement les effets.
  • Contrairement au gattilier (Vitex agnus-castus) qui agit directement sur l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien en modulant la prolactine et la progestérone, l’achillée agit avant tout au niveau de l’utérus et de l’inflammation.

L’achillée millefeuille et la ménopause : une aide indirecte

Lors de la ménopause, la baisse des œstrogènes et de la progestérone entraîne divers symptômes tels que les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale et l’anxiété. L’achillée millefeuille peut être un soutien intéressant, notamment pour :

  • Atténuer les bouffées de chaleur grâce à son effet vasodilatateur et antispasmodique.
  • Améliorer le confort digestif, souvent perturbé lors de la transition hormonale.
  • Apaiser l’anxiété et favoriser le sommeil, en raison de ses propriétés relaxantes sur le système nerveux.

Mais son action reste modérée sur l’équilibre hormonal. Pour des troubles hormonaux plus marqués, des plantes comme l’actée à grappes noires ou le trèfle rouge seront plus adaptées.

Les limites de l’achillée millefeuille

Bien que cette plante soit précieuse pour de nombreux troubles féminins, elle ne peut pas être considérée comme un substitut hormonal naturel. Ses limites principales sont :

  • Absence de preuve formelle d’un effet progestatif direct.
  • Efficacité surtout symptomatique et non hormonale.
  • contre-indication : En raison de son action sur l’utérus, elle est déconseillée pendant la grossesse.

Une plante utile mais pas une hormone naturelle

L’achillée millefeuille est une plante gynécologique précieuse, particulièrement indiquée pour soulager les douleurs menstruelles, réguler les règles abondantes et accompagner la ménopause. Toutefois, son effet progestatif supposé est largement exagéré. Son action repose principalement sur ses propriétés antispasmodiques, anti-inflammatoires et vasodilatatrices, ce qui la rend utile pour améliorer le confort féminin, mais pas pour moduler directement les hormones.

L’achillée millefeuille est une alliée du bien-être menstruel et ménopausique, mais elle ne remplace pas un véritable traitement hormonal ou des plantes spécifiquement progestatives comme le gattilier.

Références Scientifiques

  • Al-Imari, M. A. J. (2012). Effects of Achillea Millifolium extract consumption by pregnant mice on pregnancy outcome and reproductive system of their female offspring.
  • Eker, A., Özdengül, F., Yargic, M., & Şen, A. (2022). Effects of Achillea Millefolium Extract on Spontaneous and Oxytocin-Induced Isolated Rat Uterine Contractions.
  • Benedek, B., Kopp, B., & Melzig, M. (2007). Achillea millefolium L. s.l. — is the anti-inflammatory activity mediated by protease inhibition?. Journal of Ethnopharmacology.

Peut-on rater le train du sommeil ?

Le sommeil fascine et intrigue, et de nombreuses théories circulent pour aider à mieux le comprendre et l’optimiser. Parmi elles, l’idée du « train de sommeil » est particulièrement populaire. D’après cette théorie, si on rate un moment propice à l’endormissement, on devrait attendre 90 minutes pour que la prochaine fenêtre d’endormissement se présente. Mais cette croyance repose-t-elle sur des bases scientifiques solides ?

L’origine probable de la croyance

Le terme « train de sommeil » provient à l’origine d’une métaphore scientifique pour décrire la structure du sommeil. Cette notion est directement liée à l’hypnogramme, un graphique qui représente la progression du sommeil au cours de la nuit.

L’hypnogramme met en évidence l’enchaînement des cycles de sommeil, qui durent environ 90 minutes chacun. Ces cycles sont constitués de différentes phases : sommeil lent léger, sommeil profond et sommeil paradoxal. Cette organisation cyclique a donné naissance à l’image du « train », chaque cycle étant considéré comme un « wagon » s’enchaînant tout au long de la nuit.

Manifestement, une confusion s’est installée autour de cette métaphore, conduisant certaines personnes à penser que si l’on rate une « fenêtre » d’endormissement, il faudrait attendre le « prochain train », soit 90 minutes plus tard. Cette interprétation est une déformation du concept scientifique initial.

Pourquoi ce mythe est infondé

  1. L’endormissement est influencé par plusieurs facteurs
    • La pression de sommeil (écart entre l’accumulation d’adénosine et le cycle circadien) dépend surtout du temps d’éveil accumulé, pas d’un cycle rigide.
    • Le rythme circadien, qui suit une périodicité d’environ 24 heures, joue un rôle essentiel dans la probabilité d’endormissement.
    • Les facteurs environnementaux et comportementaux (lumière, activité physique, stress) ont un impact direct sur la capacité à s’endormir.
  2. Manquer un moment de fatigue ne signifie pas attendre 90 minutes
    • La fatigue ressentie peut fluctuer rapidement et ne suit pas un cycle aussi précis.
    • Il est possible de retrouver une opportunité d’endormissement bien avant 90 minutes, en fonction du contexte et des conditions physiologiques.
  3. Une croyance potentiellement performative
    • Croire qu’on a raté son « train » peut induire une anxiété, qui elle-même retarde l’endormissement.
    • Ce phénomène est un exemple classique d’effet nocebo : si on pense qu’on ne peut pas dormir avant 90 minutes, on risque de s’auto-conditionner à cette expérience.
    • Regarder l’horloge en attendant un hypothétique « prochain cycle » peut aggraver l’insomnie.

Une approche plus souple et efficace du sommeil

Plutôt que de suivre un horaire rigide basé sur des cycles ultradiens, il est plus bénéfique d’écouter son corps et d’adopter une bonne hygiène de sommeil :

  • Respecter un rythme régulier : essayer de se coucher et de se lever à des horaires constants.
  • Réduire les stimulations avant le coucher : lumière bleue, écrans, discussions stressantes.
  • Pratiquer la relaxation : respiration profonde, méditation, lecture.
  • Aménager un environnement propice : température fraîche, obscurité, silence.

L’idée du « train de sommeil » est une simplification excessive qui peut induire du stress plutôt que d’aider à mieux dormir. L’origine de cette métaphore repose sur l’hypnogramme et la structure interne du sommeil, mais son interprétation en termes de minutage rigide pour l’endormissement est erronée.

Il est vrai que le sommeil suit des cycles, mais l’endormissement est un phénomène plus flexible qu’on ne le pense.

Plutôt que de se focaliser sur un minutage rigide, mieux vaut écouter ses sensations et favoriser des conditions propices à un endormissement naturel.

Sources

  1. Sur la structure des cycles de sommeil et l’hypnogramme :
    • Kishi, A., Yamaguchi, I., Togo, F., & Yamamoto, Y. (2018). Markov modeling of sleep stage transitions and ultradian REM sleep rhythm. Physiological Measurement.
  2. Sur les cycles ultradiens et leur rôle dans la régulation du sommeil :
    • LaJambe, C. M., & Brown, F. M. (2008). Ultradian Cognitive Performance Rhythms During Sleep Deprivation.
    • Nakari, I., & Takadama, K. (2023). Personalized Non-contact Sleep Stage Estimation with Weighted Probability Estimation by Ultradian Rhythm. IEEE Engineering in Medicine & Biology Society.
  3. Sur l’interaction entre rythme circadien, ultradien et pression de sommeil :
    • Honma, K. (2012). Biological rhythms and sleep. Nihon Rinsho.
    • Phillips, A., Robinson, P., & Klerman, E. (2013). Arousal state feedback as a potential physiological generator of the ultradian REM/NREM sleep cycle. Journal of Theoretical Biology.
  4. Sur l’effet des croyances sur le sommeil et l’effet nocebo :
    • Lim, J., & Stephenson, R. (2024). The role of ultradian rhythms in post-deprivation rebounds and diurnal rhythms of sleep and wakefulness in rats. bioRxiv.

Le thé est-il une plante médicinale ?

Consommée depuis plus de 5000 ans, peut-on dire que le thé est une plante médicinale ? Sa richesse en principes actifs légitime la question, mais quelles sont ses propriétés thérapeutiques ?

La couleur du thé

Avant d’aller plus loin essayons de comprendre pourquoi on parle de thé vert, thé noir, etc.

Les différentes couleurs de thé (vert, noir, blanc, oolong, jaune, etc.) ne proviennent pas de différentes plantes, mais de la même plante : Camellia sinensis. Les distinctions entre ces thés dépendent principalement du mode de transformation des feuilles après leur récolte.


Thé vert

Procédé : Les feuilles sont rapidement chauffées (par torréfaction ou vapeur) pour stopper l’oxydation enzymatique, puis séchées.

Caractéristiques :
Couleur : Vert clair à jaune.
Goût : Frais, herbacé ou légèrement amer.
Richesse en antioxydants : Le thé vert conserve un maximum de catéchines, des antioxydants naturels.

Exemples : Sencha, Gyokuro, Long Jing.


Thé noir

Procédé : Les feuilles subissent une oxydation complète, qui transforme leur couleur et leurs arômes.

Caractéristiques :
Couleur : Rouge foncé ou noir.
Goût : Puissant, parfois malté ou fruité.
Teneur en théine : Plus élevée que dans le thé vert.

Exemples : Darjeeling, Assam, Earl Grey.


Thé blanc

Procédé : Les jeunes bourgeons et feuilles sont simplement flétris et séchés sans chauffage ni roulage.

Caractéristiques :
Couleur : Très pâle, presque argentée.
Goût : Subtil, doux, légèrement sucré.
Composition : Moins transformé, il conserve un haut niveau d’antioxydants.

Exemples : Bai Hao Yin Zhen (Aiguilles d’Argent).


Thé oolong

Procédé : Oxydation partielle, intermédiaire entre le thé vert et le thé noir. Les feuilles sont roulées ou torsadées pour libérer les arômes.

Caractéristiques :
Couleur : Variant du vert clair au brun.
Goût : Nuancé, floral ou fruité.
Flexibilité : Peut être plus proche du thé vert ou noir, selon le degré d’oxydation.

Exemples : Tie Guan Yin, Da Hong Pao.


Thé jaune

Procédé : Étape unique où les feuilles sont lentement flétries et légèrement oxydées sous un linge humide.

Caractéristiques :
Couleur : Jaune doré.
Goût : Moelleux, doux et plus raffiné que le thé vert.

Exemples : Junshan Yinzhen.


Thé Pu-erh (ou thé fermenté)

Procédé : Après l’oxydation, les feuilles subissent une fermentation microbienne. Le thé peut être vieilli pendant des années.

Caractéristiques :
Couleur : Brun foncé ou noir profond.
Goût : Terreux, intense, parfois boisé.
Bienfaits : Favorise la digestion grâce aux probiotiques naturels.

Exemples : Pu-erh cru (sheng) ou mûr (shou).


Différences majeures entre ces catégories

Oxydation : C’est le principal facteur. Les thés verts ne sont pas oxydés, alors que les thés noirs le sont entièrement.

Transformation : La méthode de roulage, séchage, fermentation ou chauffage influence les arômes, la couleur et la composition chimique.

Culture et terroir : Le climat, le sol et les techniques de récolte influent également sur les caractéristiques du thé.


    Est-ce que théine et caféine sont identiques ?

    Je vous partage directement le visuel que j’ai partagé sur mes réseaux sociaux.

    Propriétés médicinales

    • Propriétés antioxydantes. Le thé, en particulier le thé vert, contient des composés qui aident à réduire le stress oxydatif, un déséquilibre entre les espèces réactives de l’oxygène et les antioxydants, impliqué dans le développement de plusieurs maladies.
    • Propriétés anti-inflammatoires. Le thé peut aider à réduire l’inflammation dans le corps, ce qui est bénéfique pour plusieurs conditions de santé.
    • Propriétés anti-cancer. Des études ont montré que le thé pourrait avoir des propriétés anti-cancer.
    • Réduction du cholestérol. Le thé, et en particulier le thé vert, peut aider à abaisser le cholestérol total, le LDL (mauvais cholestérol) et les triglycérides.
    • Protection cardiovasculaire. Le thé peut aider à protéger contre les maladies cardiovasculaires, notamment en réduisant la pression artérielle.
    • Effets sur le diabète. Le thé peut aider à améliorer la sensibilité à l’insuline, à abaisser la glycémie et à améliorer le contrôle glycémique. Les mécanismes d’action incluent l’inhibition des enzymes α-amylase et α-glucosidase, qui sont impliquées dans la digestion des sucres.
    • Effets sur l’obésité. Le thé peut aider à réduire le poids corporel, la masse grasse et l’accumulation de graisse dans le foie. De plus, le thé peut augmenter la dépense énergétique. Les mécanismes d’action incluent la modulation des voies de signalisation impliquées dans l’adipogenèse et l’inhibition de la lipase pancréatique.
    • Effets sur l’ostéoporose. Le thé peut aider à augmenter la formation osseuse et à réduire la résorption osseuse, ce qui peut aider à prévenir l’ostéoporose. Il a été démontré que le thé vert réduit la formation d’ostéoclastes et augmente la masse osseuse.
    • Effets sur l’hypertension. Le thé, en particulier le thé noir, peut aider à abaisser la pression artérielle.
    • Effets sur le syndrome métabolique. Le thé peut améliorer les anomalies métaboliques associées au syndrome métabolique, telles que l’obésité, l’hypertension, l’hypercholestérolémie et le diabète.

    Il est important de noter que la plupart des études sur les propriétés thérapeutiques du thé ont été réalisées in vitro et in vivo, et que les essais cliniques chez l’homme sont encore limités. De plus, la composition chimique et l’activité pharmacologique du thé peuvent varier en fonction du type de thé, de son degré de fermentation, de sa provenance et de sa préparation. La dose et la durée du traitement sont également des facteurs importants à prendre en compte pour l’efficacité du thé et de ses composés bioactifs.

    Références scientifiques

    Le guide familial de la santé

    Voici un nouveau venu dans les livres de phyto-aromathérapie. Le guide familial de la santé du Dr Laure Martinat.

    Je n’ai jusqu’à présent jamais eu l’occasion de parler du Dr Laure MArtinat. C’est pourtant une personne que je suis sur les différents réseaux sociaux et que j’apprécie pour la pertinence de ses interventions et publications. Je profite donc de son nouveau livre pour en parler.

    Laure Martinant est médecin, experte en phyto-aromathérapie, en micro-nutrition et en acunpuncture. Elle est co-fondatrice du centre (Be)OMA un centre de médecine intégrative.

    Dire que ce nouveau livre est réservé aux personnes qui débutent serait une erreur. Car même si on connait déjà les plantes médicinales et qu’on a quelques expériences dans les médecines complémentaires, il y a pas mal de choses intéressantes dans ce livre.

    J’ai notamment aimé la structure que je vous présente sur ce schéma rapide.

    L’ouvrage est en effet découpé en systèmes

    • Le système ORL et respiratoire
    • Le système digestif
    • Le système cutané
    • Le système cardiovasculaire

    On peut à ce niveau se demander où sont les autres systèmes du corps humain, mais la réponse est donnée dans les premières pages, il s’agit d’un premier volume qui sera suivi d’un deuxième l’année prochaine pour traiter les autres systèmes.

    Ce découpage nous donne un indice de taille ! Si tous les systèmes n’ont pu être traités dans un seul volume, c’est en grande partie car la quantité d’informations est impressionnante. que ce soit au niveau de la description de la pathologie, de son diagnostic ou de sons traitement de manière conventionnel ou par les médecines complémentaires.

    Le grand manuel de phytothérapie 2ème édition

    La première édition du grand manuel de phytothérapie d’Éric Lorrain n’avait pas eu de mal à s’imposer comme une référence quand il est sorti.

    Qu’en est-il de cette deuxième édition ? et surtout est-ce que ça vaut le coup de l’acheter si on possède déjà la première édition ?

    C’est ce qu’on va voir dans cette vidéo.

    La page des éditions Dunod sur laquelle vous pourrez télécharger la feuille de sommaire.

    https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/grand-manuel-phytotherapie-0

    Réflexion sur le savoir de l’herboriste

    Le savoir n’est pas un simple amas de notions éparses, ni une série de disciplines alignées comme des colonnes rigides. Le savoir est à l’image d’une molécule dont l’identité, les propriétés, les forces et les faiblesses résultent des liaisons que tisse la molécule entre chacun de ses éléments.

    Dans notre pratique de l’herboristerie, chaque domaine qu’on explore comme la botanique, la chimie, la physiologie, l’immunité et bien d’autres, est comme un atome singulier, porteur de sa propre lumière. Ces atomes, pris séparément, restent comme des pierres dispersées. Ils attendent notre main, notre pensée, notre cœur pour s’unir en une œuvre véritable.

    C’est dans les liens qu’on établit entre ces savoirs que naît l’âme de notre pratique, le souffle de notre propre vision, la manifestation de notre manière unique d’habiter le monde.

    Mais les liaisons que nous formons ne sont pas neutres. Une connaissance mal reliée peut devenir stérile ou même nuisible. Une plante mal comprise peut perdre sa puissance, un corps mal écouté peut rejeter l’harmonie qu’on veut lui offrir. Notre rôle ne se limite pas à accumuler des savoirs, mais à tisser des liens entre eux pour créer du sens.

    De ces liens naît l’âme de l’herboristerie. Une pratique qui n’est pas seulement une science, mais un langage. C’est ce langage qui permet de dialoguer avec les plantes, avec les corps, avec l’invisible.

    C’est ce langage qui transforme une tisane en remède, un conseil en bienveillance, un savoir en sagesse.

    Ce qu’on relie dans notre esprit forge aussi ce que nous sommes. Si on organise notre savoir comme un système rigide, il se répercute en une pratique froide et fermée. Mais si on laisse notre savoir respirer, évoluer, s’adapter à chaque personne, à chaque saison, à chaque contexte, alors c’est comme si on jardine de manière créative, avec attention et toujours en dialogue avec la vie.

    Ce n’est pas seulement la plante, ni seulement le savoir, mais bien l’âme qu’on infuse dans la pratique qui guérit.

    Tissons avec soin, avec humilité, avec amour pour être les herboristes dont le savoir est un jardin, et dont chaque remède porte la fragrance de l’harmonie entre la plante et l’humain.