Comment la technologie modifie notre fonctionnement cérébral

Avant l’écriture, notre mémoire était capitale ! Retenir était une question de survie. La connaissance ne pouvait se transmettre qu’à l’oral. Puis vint l’écriture ! Certainement une des plus belles inventions de l’humanité. Avec l’écriture nous devenions capables de transmettre la connaissance autrement qu’à l’oral. Mais plus encore nous pouvions commencer à élaborer des raisonnements plus complexes en utilisant un support pour étendre les limites de notre mémoire de travail. Si nous voulons nous confronter aux limites de notre mémoire de travail, rien de plus simple ! Il nous suffit d’essayer de faire de tête une simple multiplication. Si nous sommes capable de multiplier deux nombres à deux chiffres, multiplier deux nombre à trois chiffres commence à devenir compliqué, et si nous y arrivons nous pouvons tenter de multiplier deux nombres à quatre chiffres. Ce simple exercice nous montre très rapidement les limites de notre mémoire de travail, et nous fait mesurer la puissance du support écrit. Avec un simple bout de papier et un crayon nous pouvons sans peine faire une multiplication de deux nombres de cinq, six ou dix chiffres. Ce sera long certes, mais nous avons la procédure pour arriver au résultat sans aucun effort de mémorisation.

Depuis quelques années nous vivons plusieurs révolutions qui impactent directement notre façon de penser et nos capacités cognitives. L’effet Google a fait son entrée en neuroscience. Dans un monde où la connaissance est accessible en quelques clics, mémoriser est moins important que de savoir trouver l’information. La question est de savoir si cette innovation va dégrader nos capacités cognitives ou bien en faire émerger de nouvelles. Et comme on peut s’y attendre la réponse dépend grandement de ce que nous décidons de faire. 

Nous avons cru pendant très longtemps qu’on ne créait plus de nouveaux neurones après l’âge de 20 ans. On considérait même qu’à partir de cet âge, la réduction du nombre de neurones était quotidienne. Jusqu’à ce qu’on arrive à dater l’âge des neurones sur les personnes qui venaient de décéder. On a pu ainsi constater qu’une personne de 85 ans pouvait avoir des neurones âgés de quelques semaines à peine. Mais on a compris dans le même temps qu’on pouvait avoir 20 ans et avoir une activité mentale qui ne régénérait pas notre cerveau ! Aujourd’hui on sait qu’il y a 6 principes à respecter pour permettre à notre cerveau de préserver sa performance et entretenir sa capacité à se régénérer. Ce n’est que lorsqu’on néglige ces 6 principes qu’en effet on peut amorcer le déclin cérébral à 20 ans et penser qu’on ne peut plus plus créer de neurone à cet âge.

D’après le neurobiologiste Pierre-Marie Lledo, ces 6 principes sont :

1 ) Entretenir le désir d’apprendre et de comprendre, rester ouvert au changement.

2 ) Le cerveau est malléable car informable. C’est l’information qui pousse notre cerveau à se reconfigurer. Il est donc important de fuir l’infobésité qui nous fait savoir sans comprendre. Savoir sans comprendre condamne aux troubles de l’adaptation. Stress chronique, anxiété, dépression. Trier l’information est devenu vital.

3 ) Éviter les anxiolytiques qui multiplient par 7 le risque de maladies neurodégénératives.

4 ) Lutter contre la sédentarité.

5 ) S’exposer aux autres. Nous avons un cerveau social qui réagit au contact des autres.

6 ) Avoir une alimentation équilibrée et riche en fibres qui permettent à certaines bactéries de favoriser la communication permanente avec le cerveau. 

La façon dont notre cerveau se reconfigure face aux nouveaux outils technologiques dépend de la façon dont nous allons utiliser ces outils et de ce que nous ferons des nouvelles disponibilités que nous offrons à notre cerveau. Si Google nous évite de mémoriser mais que nous ne profitons pas de cette opportunité pour utiliser notre cerveau à autre chose, alors il y a de fortes chances que nos capacités cognitives régressent. À nous de choisir…

Mais la technologie a également fortement changée notre façon de penser. Notamment depuis le WEB 2.0 qui a permis d’interagir avec le reste du monde. Maintenant tout le monde peut donner son avis, et ce n’est pas un problème. Mais là aussi, la façon dont nous utilisons les nouveaux outils impacte directement notre façon de penser. C’est un secret pour personne, nous souffrons de biais cognitifs. Quand nous les ignorons, ce n’est jamais sans conséquence. Ces deux dernières années ont montré à quel point il était facile de polariser la société. Les algorithmes construits pour prolonger notre présence sur les plateformes nous surexposent au biais de confirmation. Le profilage dont nous avons fait l’objet par ces algorithmes fait que les réseaux sociaux nous présentent ce que nous voulons voir. Après avoir trouvé des informations qui confirment notre point de vue et avoir reçu la validation de notre point vue par toutes les personnes qui le partagent, en quelques clics nous arrivons à nous convaincre que nous pouvons avoir un avis pertinent en virologie ou géopolitique par exemple. On s’imagine suffisamment lucide pour considérer que l’ultracrépidarianisme ne nous concerne pas.

À l’image des virus bactériophages qui évoluent pour s’adapter aux mécanismes de défense que les bactéries qu’ils ciblent mettent en placent, nos capacités cognitives évoluent en fonction des outils que nous créons. La nature des évolutions qui affectent notre fonctionnement cérébral dépend largement de la façon dont nous nous relions aux outils numériques. Nous pouvons développer une forme de dépendance à l’égard de la technologie ou bien l’utiliser pour augmenter nos capacités cognitives.

Quand nous utilisons la technologie pour étendre notre cerveau avec des applications comme Notion ou Obsidian, nous donnons un bol d’air à notre cerveau. Ce bol d’air, il nous appartient d’en faire quelque chose à la lumière des 6 principes qui entretiennent la capacité de notre cerveau à se régénérer. À défaut, l’évolution procédera comme elle a toujours procédé, ce qui n’est plus utile disparait…

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Publié par PhytoGenfi

Formé à l'école des plantes de Paris, j'ai à coeur de transmettre la passion et le savoir des plantes médicinales. C'est l'objet de mon site

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